je viens – toujours dans le cadre du tri de ma bibliothèque ! – de me plonger ce week-end dans le livre “la veille stratégique sur l’internet” par Henry Samier et Victor Sandoval paru aux éd. Hermès Sciences Publication en 2002.

Cela tombe bien, puisqu’il y a quelques jours j’ai fait un billet “veille = savoir pour prévoir afin de pourvoir, simple non ?“. Voilà qui va permettre d’approfondir ce sujet !

Voici quelques points relevés qui me paraissent importants à garder en mémoire, sachant que les sous-titres sont de moi et ne forment pas le sommaire du livre bien sûr.

Note d’optimisme
Je voudrais commencer par cette note d’optimisme qui devrait faire plaisir à tous les records managers, gestionnaires de la connaissance et veilleurs existants ! (p. 35)

De plus en plus, les industriels comprennent l’importance de la gestion de leur capital de connaissances techniques et de leur vie sociale. Celui-ci fait partie de la mémoire de l’enteprrise, qui devient dès lors un véritable enjeu économique et social

Je dis bien note d’optimisme, car dans la réalité le “plus en plus” me paraît se traduire par un pourcentage encore trop modeste, mais bon !

les nouveautés en matière de veille
Les auteurs en voient deux
==> l’élargissement des sources grâce à Internet, qui permet de capturer tous les signaux possibles (monde réel ET monde virtuel). Les auteurs attirent l’attention sur le fait qu’il est dangereux de croire qu’Internet n’est qu’une sorte de miroir de cette réalité.
==> l’évolution des structures des entreprises dont l’organisation hiérarchique devient une organisation en réseaux, passant ainsi de structures rigides à des structures “agiles” et virtuelles.

Nous sommes dans une économie de l’information à l’analyse complexe
L’information est devenue une nouvelle matière première stratégique, polymorphe et volatile.
Faire simplement une synthèse des quatre niveaux de l’information n’est plus suffisant. Il ne s’agit plus de relier simplement entre eux les différents facteurs clés tels que les individus, les technologies, la stratégie et le savoir-faire tel qu’on le pratique sur des données concrètes. Avec Internet, ces modes de représentation sont dépassés tant les niveaux sont croisés, entrelacés et donc plus complexes à décoder, nécessitant une représentation différente et cette nouvelle cartographie illustre le positionnement de l’entreprise par rapport aux facteurs qui se trouvent dans son environnement.
Rappel des quatre niveaux :
. niveau primaire, public et accessible à tous,
. niveau secondaire, à l’accessibilité pas toujours connue
. niveau tactique, les informations trouvées demandent une analyse plus complexe (elles
sont donc plus rares)
. niveau stratégique, pour permettre l’identification des intentions et des capacités des
organisations que l’on observe.

Qu’est-ce que l’environnement de l’entreprise, objet de la veille stratégique ?
Cet environnement est constitué de cinq points :
la globalisation, la compétition, l’environnement virtuel, l’innovation technologique et les TIC avec Internet.
Pour surveiller cet environnement (technologique, juridique, scientifique, commerciale, goégraphique, économique, environnemental…) via Internet, le processus de surveillance automatique se résume par
– l’identification des objectifs de ce que l’on doit chercher
(tout documentaliste sait l’importance de la bonne compréhension de la question et de sa bonne expression)
– la capture des informations
dans l’environnement interne et externe de l’entreprise ou de l’organisme une fois leurs périmètres définis
– l’analyse des données
leur sélection et leur étude
– le rapport
en fonction du destinataire de l’information (contente que ce ne soit pas moi qui le dise, sinon je serais accusée de rabacher !)

Internet, miroir de la réalité ?
Deux points font qu’Internet apporte forcément un complément très important à la réalité :
==> la cybergéographie
A l’infrastructure physique il faut prendre en compte
. les nouvelles communautés du cyberespace (démographie et visualisation)
. les flux de trafic
. l’impact géographique potentiel apporté par Internet
==> l'”hypertime”
Les auteurs entendent par là que le temps Internet n’est pas le même que le temps ordinaire (gains de temps importants).

Rappel des objectifs d’une veille
Il s’agit de
– découvrir les menaces pour éviter l’effet de surprise, réduire le temps de réaction ;
– trouver de nouvelles idées, de nouvelles possiblités industrielles, commerciales, …

Par quoi commencer ?
– déterminer l’information ou les informations que l’on recherche
– déterminer la forme du résultat (messages, base de données interne…)
– trouver la/les bases de données les plus efficaces auxquelles s’abonner
– prévoir le montant de la dépense

Les technologies de l’information (ce que les auteurs appellent “Infotech“)
Elles évoluent très vite ==>
. les réseaux de professionnels par projet (multi-organismes) se développent face aux réseaux de professionnels d’un seul organisme (notamment en matière de R&D par le biais des entreprises de outsourcing de R&D). Les auteurs insistent sur le fait que “les stratégies tourneront autour de méthodes coopératives de transfert de technologies et de sécurisation des brevets et de la propriété intellectuelle” (p. 25)
. arrivée des “cols dorés”, qui sont les travailleurs et ingénieurs de la connaissance
. les agents intelligents (knowbots) deviennnent les outils de base des professionnels de la veille (ça ce n’était pas nouveau, même en 2002 !).

Rappel de ce qu’est la veille réglementaire
Tour d’horizon de ce qui la compose :
réglementation ==> cadre juridique du sujet traité
normes ==> spécifications techniques définies dans un cadre et validées par un organisme reconnu
certification ==> un organisme indépendant reconnaît la conformité (aux normes,à la réglementation)
Tour d’horizon de ses participants :
. organismes ==> administration (pour la réglementation), les laboratoires d’essais (pour le compte
des entreprises), les centres techniques (qui centralisent les informations techniques)
. sociétés privées ==> qui font de la veille réglementaire en tant que sociétés de services.

veille et info
Ce paragraphe m’a réjouie. Pensez donc, il y est dit qu’il n’y a pas de veille sans circulation de l’information !
Si les veilleurs font circuler l’information dans leurs organismes, cela créé une culture de l’information et de partage.
Pour l’appliquer, les auteurs donnent comme point d’orgue l’utilisation d’un logiciel de traitement et de recherche d’informations sur la base de données.

Sources d’information
Je passe sur ce sujet longuement traité. Non pas qu’il ne soit pas intéressant, car – de mon humble point de vue – il n’est pas vraiment propre à la veille stratégique, mais plus largement à celui du monde de l’info-doc.
Il fera sans doute l’objet d’un billet à part afin de ne pas alourdir celui-ci …déjà diablement long.

Méthodologie de la veille automatique
Objectif des auteurs : aider à choisir une démarche, des outils.
Ils rappellent que l’ensemble des cinq méthodes qu’ils proposent sont à coupler avec le système d’information et l’organisation de la veille de l’organisme et qu’elles peuvent s’imbriquer ensemble.
Chaque méthode fait l’objet de leur part d’une description, d’une analyse des avantages et limites et propose des scenarii possibles.
J’avoue que ce chapitre m’a passionnée.
Voici les cinq méthodes (certaines ont un nom propre aux auteurs que je ne reproduis pas ici)
==> méth. des cibles =
focalisation sur une cible particulière (cible référence)
==> méth. fonctionnelle (au sens analyse de la valeur) =
plus spécifique aux R&D et services de l’innovation, pour les produits et les technologies
==> méth. propre aux PME =
cela correspond à une personne à 30 % sur la veille. Méthode simple aux moyens limités)
==> méth. pour les responsables de service (R&D, innovation, achat, marketing, logistique, commerciale…)
==> méth. pour la veille scientifique & technologique

Conclusion
En conclusion, les auteurs rappellent “qu’il est indispensable d’avoir les compétences nécessaires pour (…) concevoir de manière optimale [un système de veille automatique].
Dans ce monde où l’on met n’importe qui pour faire n’importe quoi au nom de l’adaptabilité et de la flexibilité, ce n’est pas inutile de rappeler cette vérité vraie.
Ils insistent aussi sur le fait que la veille automatique est l’un des premiers moyens pour parvenir à bénéficier de l'”hypertime” d’Internet et rentabiliser ainsi au mieux sa veille stratégique.
(De mon point de vue, l’hypertime est certainement une notion que l’on ne met pas assez en avant lorsque l’on veut parler de la plus value de son service).

Plus et moins du livre
+ avec des éléments pratiques, utilisables immédiatement
+ grâce aux exemples précis
+ avec les ordres de grandeur à propos des investissements (même datant de 2002, c’est déjà une bonne base) (p. 121)
– à cause des phrases parfois creuses ou emberlificotées, mais qui somme toute restent rares.
Et puis côté phrases complexes, je ne suis pas triste non plus, alors… 😉